Il y a dix ans

Il y a dix ans, après huit années de travail de recherche, je publiais à mes frais le « Dictionnaire étymologique du créole réunionnais. Mots d’origine asiatique ». Si l’aventure intellectuelle a été passionnante, enrichissante, on ne peut pas en dire autant de l’accueil accordé à cet ouvrage qui apporte pourtant un éclairage nouveau sur le créole en offrant des réponses à des étymologies restées jusqu’alors non résolues ou fausses.

Il faut dire que la secte universitaire française, et plus particulièrement réunionnaise, ne s’est pas privée pour dénigrer et boycotter le dictionnaire. Jusqu’à ce jour, je n’avais pas souhaité me salir en les nommant. Mais des années se sont écoulées et il me semble que le moment est venu de dénoncer les agissements de certaines « sommités » qui souffrent manifestement d’un manque de modestie et, paradoxalement, d’un complexe d’infériorité à la lecture du manuscrit. « Les spécialistes ne pardonnent jamais aux amateurs d’avoir découvert ce qu’ils n’ont pu trouver eux-mêmes », disait John Steinbeck !

S’agit-il d’un règlement de compte ? Non ! Juste le souhait de présenter le visage de la vérité aux lecteurs qui doivent savoir que lorsque l’on n’appartient pas au sérail, il est difficile, voire impossible, de mener à bien un projet de niveau universitaire dont le but est de partager la connaissance.

Les prétentieux

Il y a, pour commencer, R. C., grand gourou du créole, professeur de linguistique à l’université de Provence, qui a critiqué mon choix d’inclure des mots malgaches, contestant le fait qu’ils viennent de l’Asie. Il a refusé de préfacer mon travail et je lui en suis reconnaissant !

Il y a A. B., linguiste à l’université de Bamberg, en Allemagne, qui n’a pas eu plus de respect et qui s’est offusquée que je ne l’eusse pas citée. Son travail sur le créole a été mené, contrairement à moi, avec le concours de toute une équipe de l’African and Oriental Studies de l’université d’Oxford.

Il y a H. W., linguiste à l’université de Rennes 2, qui ne s’est pas gênée de critiquer pour le plaisir.

Il y a M.-C. H.-M., de l’université de Provence qui n’a jamais répondu à mes courriels et refusé implicitement de faire figurer le dictionnaire dans la liste d’ouvrages traitant du créole.

Il y a…

Il y a surtout le petit dictateur imbu de lui-même, Christian Barat de l’université de la Réunion, serviteur du premier cité, qui s’est permis de m’empêcher d’obtenir une bourse de préparation du Centre national du livre (CNL) qui finance pourtant un pédophile. Cet organisme, en la personne de Siryvanh Sinradsvong, lui-même d’origine asiatique, s’est crû intelligent en envoyant, sans m’en informer, le manuscrit à l’anthropologue de service qui voit l’Inde partout, surtout dans son patronyme. En effet, le nom officiel de l’Inde est « Bharat » avec un « h » et il n’a rien à voir avec le sien. Dans la lettre du CNL datée du 10 novembre 2004, Éric Gross, le directeur de l’époque, écrit : « J’ai le regret de vous informer qu’après avis du comité de la Librairie de l’outre-mer (Auteurs), réuni le14/102004, je ne peux donner une suite favorable à votre demande », en me demandant de corriger le manuscrit « en fonction des remarques contenues dans la note de lecture ci-jointe. »

Voici quelques extraits de la note de lecture du génie de l’anthropologie :

Des critiques infondées.

Pourtant, comme je l’ai écris en introduction du dictionnaire,

« cet ouvrage est fondé sur l’apport de mots dont l’étymologie appartient à trois grandes catégories : 1 – indienne, principalement par l’apport du tamoul, mais aussi par l’intermédiaire du hindî et de l’indo-portugais : 2 – arabo-persane ; 3 – reste de l’Asie, surtout chinoise et malaise, en y incluant le malgache, une langue austronésienne qui a donné de nombreux mots au créole. »

Des avis positifs

Heureusement, à l’opposé de ces présomptueux, il existe des universitaires prêts à aider spontanément. Ils sont tous étrangers et je dois reconnaître que les Américains et les Portugais se sont distingués : aucune arrogance, aucune remarque blessante, aucun mépris, bien au contraire.

Je tiens à citer :

J. Clancy Clements, spécialiste des créoles à base portugaise et espagnole, à l’époque professeur à l’université de l’Indiana, pour qui « ce dictionnaire est une impressionnante contribution pour la connaissance de la Réunion, sa culture, son histoire et sa langue. »

Dulce Pereira, spécialiste des langues romanes à l’université de Lisbonne, qui affirme que « le dictionnaire du créole réunionnais. Mots d’origine asiatique ouvre, donc, un chemin de recherche nouveau qui peut intéresser ceux qui étudient les créoles de l’océan Indien (et les créoles portugais de l’Asie), mais aussi les historiens et tous ceux qui se consacrent à l’étude de la culture réunionnaise. »

Jules Bénard, le célèbre écrivain réunionnais, qui a heureusement fait entendre une voix discordante en affirmant que mon ouvrage « nous vaut de bénéficier d’un outil de connaissance irremplaçable. »

Enfin, j’ai eu le privilège d’avoir rencontré Luis Filipe Thomaz, le meilleur spécialiste mondial de l’Inde portugaise qui était directeur de l’Institut d’études orientales de l’Universidade Católica Portuguesa à Lisbonne. Il m’a offert une préface passionnante de 13 pages. Il dit que :

« Ce qui frappe le plus, de prime abord, quiconque feuillette ce dictionnaire est l’immense diversité des idiomes auxquels le créole réunionnais a emprunté. Il n’est pas jusqu’au tupi-guarani qui n’y ait contribué avec quelque vocable.
Les emprunts à des langues indiennes s’expliquent aisément par la présence sur l’île de deux importantes communautés originaires de l’Inde : les Malbars, de langue tamoule, donc dravidienne, et les Zarabes, en fait des musulmans du Goudjerate, de langue aryenne, dérivée du sanskrit. La présence d’immigrés chinois rend compréhensible, de même, quelques emprunts au chinois, parfois dans sa version mandarine, parfois dans des formes propres aux dialectes du sud. Très nombreux, aussi, les emprunts au malgache, ce qu’expliquent suffisamment et le voisinage de Madagascar et l’importation d’esclaves malgaches, au temps jadis, pour travailler dans les plantations. »

Les bibliothèques

Du côté des bibliothèques universitaires et médiathèques, le dictionnaire n’a pas rencontré un franc succès. Seuls quelques établissements de l’île se sont portés acquéreur et l’université de la Réunion, sans doute contrainte, en a acheté longtemps après sa sortie.

Par contre, l’ouvrage est disponible dans les plus grandes universités, principalement américaines et canadiennes, mais aussi anglaises et allemandes.

« The dictionary is very impressive ». (K. K., Ryerson University, Canada)

Cela montre, une fois encore, que les Anglo-Saxons restent de loin plus ouverts que les Français.

Si j’ai un conseil à donner, il ne faut jamais céder aux dictateurs de la pensée. Et pour ceux que l’ouvrage intéresse, il est toujours possible de l’acquérir.

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