Entretien avec les Ménestrels des Terres de Lune

Qui sont Morgan et Corbin ?
Nous et pas nous. Tout dépend si nous sommes sur scène ou pas. Bien davantage que de simples pseudonymes, Corbin et Morgan sont nos personnages.
Corbin est un Sidh, une fée-corbeau, et Morgan une Selkie, une fée-dauphin. Tous deux se sont fait « piéger » dans le monde réel après une fête de Samain où leurs robes de fées, qui sont les incarnations de leur féerie, leur ont été volées.
Dans l’histoire, Corbin est le plus âgé, le plus rêveur aussi. Il est déjà barde, et connaît un peu mieux le monde réel. Morgan est plus jeune, plus vive, mais moins expérimentée, elle est encore apprentie barde. En fait, nous leur avons presque fait des fiches dignes de jeux de rôles, avec un « background », une quête, la totale ! (mais on ne sait pas qui est le maître de jeu, par contre.)
Chaque fois que nous montons sur scène, comme des comédiens, nous devenons Corbin et Morgan, les Ménestrels des Terres de Lune.

Pourquoi les Ménestrels des Terres de Lune ?
Les Terres de Lune, c’est un pays de fées, de rêves. Personne ne sait exactement où c’est, à la fois tout près et très loin, ou peut-être que c’est ici, si on sait entendre. C’est un pays de musique, un monde sonore, un univers invisible, mais tout à fait audible « pour qui sait écouter. »
Les Ménestrels des Terres de Lune, c’est aussi une lutte contre l’oubli, contre la perte du rêve. Dans l’histoire, Corbin et Morgan n’ont pour arme contre l’oubli de leur véritable nature (des fées, et non des humains !) que leur musique… Une mélodie, ténue, presque dérisoire, pour faire face à toute la dureté et la banalité du monde.

Un premier album intitulé « Samain ». Ce nom revêt-il une importance particulière ?
Oh que oui ! Samain, c’est le Nouvel An celte, le temps hors du temps, hors du monde, hors de tout… C’est la nuit magique, la nuit des fées, celle où tout est possible ! Même possible, pour des fées, de s’égarer dans le monde des humains.
Samain est donc le thème des musiques de cet album-histoire, cet entre-deux de fête et de rêve, pourtant tout à fait tangible, mais avec quelque chose qui échappe à la banalité, au quotidien. C’est une idée forte, très liée à la terre, aux arbres, au vent.

Que trouve-t-on dans cet album ?
Une histoire, d’abord. « Samain » raconte une histoire, celle de Corbin et Morgan, que nous vous avons déjà racontée.
Des musiques, ensuite. Samain, ce sont neuf musiques organisées en trois cycles. Le cycle d’ouverture, très axé « ambiance » raconte l’arrivée des fées et des humains à la nuit de Samain et l’entrée dans la fête. Le cycle de la danse, plus vif et plus enlevé et entièrement instrumental, parle bien sûr de la fête, de la joie, puis d’un sommeil heureux et un peu hypnotique… Le troisième cycle, le cycle de l’exil, est uniquement composé de chants, et raconte le réveil dans un monde inconnu, la naissance d’une romance entre les deux personnages, et enfin leur choix de lutter contre l’oubli à travers la musique.
Des textes, enfin. Ceux des chansons, en trois langues, français, breton et anglais, sont très présents, mais le livret contient également des haikus ou des petits poèmes évoquant le contenu de chaque morceau, pour guider un peu l’auditeur curieux à travers la musique.
Et puis, bien sûr, il y a quelques autres choses : de magnifiques photos de notre ami Michel Jourdain, un soupçon d’espièglerie, un soupir de fée, de la rosée du matin, du chouchen, de bons souvenirs et énormément de travail, entre autres !

Vos créations sont inspirées par les contes et légendes. Quelle est l’importance de la culture celtique dans votre parcours artistique ?
Elle est très différente pour l’un ou l’autre ! Morgan est presque née dedans, alors que Corbin ne l’a découverte que très tard dans son parcours !
Pour moi (Morgan), c’est tout simplement ma culture, j’ai pas à chercher très loin, ça m’est naturel en quelque sorte, c’est dans mon sang, dans ma peau. Je suis issue de la musique traditionnelle celtique, que j’ai essentiellement apprise aux côtés de Myrdhin, mon maître de harpe. Bien sûr, je peux composer autre chose, si je veux, mais c’est ce qui me vient le plus spontanément.

Comment réagit votre public ? Quelles sont ses attentes ?
« Samain » remporte un joli petit succès, tant en album qu’en concert !
Nous sommes heureux car le public de nos concerts est finalement assez varié, et pourtant apprécie les mêmes choses : la part du rêve, d’abord, cette ambiance que nous faisons progressivement changer, mais qui demeure toujours un pied « dans l’autre monde »… Les textes sont également très appréciés, car lorsque nous chantons, c’est pour dire quelque chose.
En fait, nous avons bien compris que le public désire voyager, partir ailleurs, loin de la banalité du quotidien. Les gens nous demandent de les guider, en quelque sorte, de leur faire partager un peu de Terres de Lune.
Depuis nos débuts, nous avons beaucoup travaillé (et travaillons encore) à rester constamment dans le rêve, dans l’histoire, d’un bout à l’autre du concert. En dépit des apparences, ce n’est pas si aisé ! Un rien peut suffire à briser la magie, c’est très fragile, ces choses-là.

Quels sont vos projets ?
Pour le moment, ils sont simples : nous faire connaître, à travers les concerts et le CD, travailler l’aspect scénique, très difficile à gérer à deux avec un instrument, heu… spatialement encombrant ? Non, parce que quand il y a une harpe celtique sur scène, c’est difficile de la cacher !
Le spectacle s’améliore à chaque répétition, à chaque représentation, les textes poétiques sont plus présents, aidant le spectateur à s’y retrouver. Nous jouons de plus en plus sur l’aspect visuel, incluant costumes, oreilles pointues, maquillage, nous essayons des choses. Certaines ne marchent pas, d’autres, hasardeuses hier, nous semblent aujourd’hui indispensables !
Continuer à composer et à écrire la musique et l’histoire des Ménestrels, bien sûr, fait aussi partie des objectifs, mais chaque chose en son temps.

Morgan, est-il difficile d’avoir les oreilles pointues dans notre monde technologique ?
Je dois avouer que pour certaines choses, comme le téléphone, les écouteurs ou les enfants de moins de six ans, c’est pas la panacée.
Mais je reste très heureuse d’avoir des oreilles grandes et pointues : elles me permettent d’entendre beaucoup, beaucoup plus de choses que la plupart des humains. Le chant des étoiles, les murmures des pierres ou les confidences des arbres me manqueraient sans doute énormément, sinon !
Et puis, avec de si petites oreilles, les humains ne savent pas écouter, il faut croire, car ils font beaucoup de bruit, parlent énormément et crient souvent, et pourtant on a l’impression qu’ils ne parviennent pas à se comprendre. C’est très étrange. Corbin, lui, ça va : il a des oreilles rondes, mais bien assez grandes et affûtées pour qu’on communique…

Musique : extrait de l’album Samain
Points de vente du CD
Voir aussi la partie 2 (Parole de)

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